Avis de l'Anses relatif à l’évaluation des effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du « Garcinia cambogia »
Résumé
L’Anses s’est autosaisie le 31 mars 2020 pour évaluer les risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du « Garcinia cambogia ». CONTEXTE ET OBJET DE LA SAISINE Garcinia cambogia Desr. est une plante traditionnellement utilisée en Asie en tant que condiment dans des préparations culinaires et pour des usages médicinaux. Cette plante est autorisée dans les compléments alimentaires dans plusieurs pays de l’Union européenne. En France, l’utilisation de plantes dans les compléments alimentaires est encadrée par le décret n°2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires et par l’arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi, ci-après dénommé « arrêté plantes » [1]. Garcinia cambogia Desr. ne figure pas sur cette liste mais elle est inscrite, du fait de la reconnaissance mutuelle entre les Etats membres au titre de l’article 16 du décret n°2006-352, sous le nom erroné de Garcinia gummi-gutta (L.) Roxb [2], sur la liste consolidée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) [3] et publiée en janvier 2019 ainsi que sur le site Compl'Alim mis en place par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) en 2024 [4]. Les extraits de Garcinia cambogia Desr. sont présents dans des compléments alimentaires visant la perte de poids. Ses propriétés amaigrissantes sont attribuées à l’acide (-)-hydroxycitrique (AHC) présent dans le péricarpe du fruit. Cette substance fait actuellement l’objet d’une évaluation par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans le cadre de la procédure prévue à l’article 8 du règlement 1925/2006 du parlement et du conseil du 20 décembre 2006 concernant l'adjonction de vitamines, de minéraux et de certaines autres substances aux denrées alimentaires. Dans le cadre de son dispositif de nutrivigilance, l’Anses a reçu en 2019, le signalement d’un cas d’hépatite fulminante mortelle associée à la consommation du complément alimentaire Slim Metabol®, contenant notamment du Garcinia cambogia Desr. Au vu de la sévérité des effets indésirables et de l’imputabilité très vraisemblable de ce produit, ce signalement a été publié sur le site de l’Anses5. La revue bibliographique menée à l’occasion de l’expertise de ce cas, a mis en évidence l’implication majeure de Garcinia cambogia Desr. dans la survenue d’hépatites fulminantes similaires à partir de 2005. Depuis la mise en place du dispositif de nutrivigilance en 2009, trente-huit signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du Garcinia cambogia Desr. ont été portés à la connaissance de l’Anses. Aux États-Unis et au Canada, des signalements d’atteintes hépatiques, musculaires, cardiaques et neurologiques parfois graves ont été rapportés quelques années après la commercialisation de produits multi-ingrédients contenant du Garcinia cambogia Desr.. Cela a d’ailleurs conduit, en 2009, la Food and Drug Administration (FDA) à demander le retrait de Garcinia cambogia Desr. de la composition de ces produits. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a interdit en 2012 « l’importation, la préparation, la prescription et la délivrance de préparations magistrales, officinales et hospitalières composées de Garcinia cambogia, ainsi que la prescription, la délivrance et l’administration à l’homme de la plante Garcinia cambogia ». Au vu de ces données, l’Anses et compte tenu de la mission de nutrivigilance qui lui a été confiée par la loi du 21 juillet 20096, l’agence a décidé de s’autosaisir afin de dresser un état des lieux des connaissances relatives aux propriétés physico-chimiques de Garcinia cambogia Desr. ainsi qu’une analyse des cas cliniques publiés dans la littérature ou rapportés dans le cadre de dispositifs de vigilance, afin de tirer les conclusions de cet ensemble de signaux. [1] Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000029254516 [2] Cette désignation erronée ne correspond à aucune plante [3]https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/securite/produits_alimentaires/Complement_alimentaire/CA_Liste_PlantesAutres_janvier2019.pdf? [4] https://compl-alim.beta.gouv.fr/entreprises
